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Roues libres, huit ans autour du monde à moto
Transboréal

L'auteur

Fabrice Tulane est reporter-photographe. Il a accompli, seul, un tour du monde à moto de huit ans, parcourant 270 000 kilomètres sur les cinq continents.

Sur sa moto pour huit ans de bonheur...

Nostalgique des étés à voyager en famille en estafette à travers les pays de l’Est, Fabrice Tulane décide de repousser ses frontières, au sens propre comme au figuré. Ses vingt-sept bougies à peine soufflées, il quitte la France au guidon d’une Yamaha 660 XTZ Ténéré.

À l’évidence les deux années prévues ne suffisent pas à étancher sa soif d’aventure. Il rentre fin 2006 après avoir traversé 46 pays, visités parfois en spectateur, souvent en acteur d’une aventure érigée en style de vie. Il noircit son carnet de route à travers l’Europe de l’Est, la Russie jusqu’au fin fond de la taïga sibérienne, le Japon déroutant, l’Asie du Sud-Est où les Vietnamiens le retiennent en prison. Puis viennent l’Australie, les États-Unis où un chauffard croise sa route, le Mexique, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud qu’il peine à quitter, comme l’anaconda épris de sa moto au Venezuela.

L’Afrique de l’Ouest vient parachever son périple. Pour assurer sa survie de voyageur au long cours, il travaille en freelance avec les magazines de moto intéressés par ses récits d’aventure. Huit années de bonheur où l’auteur éprouve au plus haut point la sensation d’être libre.

Singapour et Malaisie : Chasseur de piste

Après Singapour, direction la Malaisie. A Malacca, je me lie d'amitié avec Paul, homme débonnaire d'origine indienne. Nous partons à la rencontre des Orang Asli, minorité ethnique isolée des hauteurs malaises...

Passer la frontière

« Singapour, le pays des amendes », ironisent les tee-shirts vendus sous le manteau. Tout ou presque y est interdit, jusqu’à mâcher du chewing-gum, produit devenu illicite. Il aurait servi aux étudiants en révolte à bloquer les serrures des institutions lucratives du pays. Le premier port mondial ne peut se permettre de ralentir. Il est temps pour moi de changer d’air. La traversée de la frontière se fera seulement avec le réservoir plein. Le gouvernement a trouvé ainsi une parade au trafic d’essence bon marché du pays voisin. Bye-bye, Singapour. Sous le casque, je souris à l’entrée en Malaisie.

A travers la jungle

À Malacca, je me lie d’amitié avec Paul, homme débonnaire d’origine indienne. Nous partons à la rencontre des Orang Asli, minorité ethnique isolée dans les hauteurs malaises.

L’ascension du mont Ophir est épique. La rumeur circule qu’une piste oubliée traverserait la jungle centrale du pays. Sur ma carte, il n’y a rien. Juste un village, Kuala Betis, qu’il faut rejoindre. Je trace des pointillés. " La moto ne passera pas."

Je prends la route vers les Cameron Highlands. La nationale 59 serpente à travers les plantations de thé jusqu’à Blue Valley. Le goudron disparaît avec la civilisation. Une piste étroite hésite à travers la végétation exubérante où sont disséminés quelques villages aborigènes. Un serpent vert fluo se faufile devant mes roues ; les singes manifestent leur désarroi à grands cris. Malgré la pluie fine, la chaleur se fait écrasante quand il faut extirper la moto du bourbier. Coincée sur un rondin, elle ne bouge plus.

Rencontre inespérée : un Malais débarque en glisse sur une moto bariolée et vient prêter main-forte. Plus loin, la piste atteint les cimes et j’aperçois l’immensité verdoyante sous la brume naissante. Où vais-je dormir ? À la croisée des chemins, je rencontre Frédéric, qui pédale depuis la France. Les pluies torrentielles nous obligent à rester deux jours dans la case en bois sur pilotis d’un vieil aborigène. L’échange de nos expériences nous alimente plus richement que le bambou bouilli dans notre gamelle.

Australie, au son du didgeridoo

Une longue route vers les terres aborigènes...Depuis 20 000 ans, les Aborigènes peignent leur vie sur les rochers. Leur culture demande l'humilité devant la nature.

Un chameau en Australie ?

Impact dans 3 secondes. Debout sur les freins, la moto part en travers dans la poussière. Le chameau est passé près ! À traverser la piste devant mes roues, le malheureux a bien failli se briser les os. Sans parler des miens. J’y pense, que vient faire un chameau en Australie ? Introduits pour leur aptitude à survivre dans le désert, certains sont devenus sauvages. Nombre d’espèces animales présentes sur l’île sont arrivées avec les Britanniques et ont fait de nombreux ravages parmi la faune et la flore.

Des termitières géantes aux terres aborigènes

Orientées selon le Nord magnétique, les termitières géantes tracent une voie sacrée vers la terre d’Arnhem. Dans cette région convoitée, un programme engagé en 1976 a vu la première restitution de terres aux Aborigènes. Une longue attente pour un peuple bafoué. Je suis l’asphalte jusqu’à Broome.

Plus au nord, Darwin affiche des températures estivales et un charme indéniable. Le son envoûtant du didgeridoo m’emporte jusqu’au joyau de l’Australie, le parc de Kakadu. Depuis vingt mille ans, les Aborigènes peignent leur vie sur les rochers. Leur culture demande l’humilité devant la nature. À l’aube, les galah au plumage rose lancent les premières notes d’un concert sauvage dans l’outback. Un crocodile glisse sur la rivière Wildman. La terre est belle par ici…

Bolivie, une odeur de sapin

Lancé à fond de deuxième, un camion chargé de passagers surfe sur la boue, part en travers avant de se planter dans le fossé. Tout le monde rigole, surtout les femmes. Les hommes descendent et poussent en vain. C’est une vraie patinoire...

Dans le désert du Lipez

Déjà une heure que je me traîne avec une Ténéré engluée et je n’ai pas avancé d’un kilomètre. Combien de fois l’ai-je déposée en offrande à la « Terre-Mère », divinité andine appelée Pachamama ?

Une fois de trop visiblement, car je ne parviens plus à la relever. Dans le désert du Lípez, la température avoisine –25 °C la nuit. Il n’y a pas d’essence, peu de piste et guère d’endroits où loger. Transporter cinq jours de vivres sur la moto reste un détail. L’âme en peine, je suis le 4x4 d’une agence de tourisme. Moyennant une participation, je n’aurai à me soucier que du pilotage. Libérée de ses bagages, Miss Yamaha trace son sillon dans la plus belle région que j’aie visitée. Inoubliable.

Hypnotisé par tant de beauté, je perds mon bon Samaritain. Je grimpe au sommet d’une colline dans l’espoir de retrouver un nuage de poussière. Rien. J’attends une heure, moto sur la réserve d’essence. Toujours rien. Je redoute de passer la nuit à 5 000 mètres d’altitude, sans tente ni sac de couchage. Ça sent le sapin.

Une leçon d'humilité

Le désert me donne une leçon d’humilité. Une bonne fessée, un coup de règle sur les doigts gelés, je reste dans mon coin, au piquet. Je copierai cent fois : « L’infini est immortel, contrairement à moi. » La pompe sanguine s’accélère et manque d’oxygène.

Ma tête va exploser, trois litres de thé de coca n’y pourront rien changer. Je me décide enfin à quitter ma caverne, mais je ne sais même pas où nos chemins se sont séparés. C’est bien la dernière fois que je laisse mes bagages à un tiers peu soucieux de ma destinée. À la croisée des chemins, je retrouve le guide. S’il espérait un pourboire, c’est raté. Nous roulons jusqu’à la Laguna Colorada et ses nuées de flamants roses. Dans le froid cinglant, j’assiste au lever du soleil sur l’immense désert de sel du Salar de Uyuni. Heureusement pour moi, le virus du voyage ne gèle pas en hiver.

Sénégal : huit ans après

Où sont passés mes 20 ans ? Avide de découvertes et d’émotions, j’ai entamé cette migration dès mes vingt-sept bougies soufflées. Depuis, aucune velléité d’abandon ne s’est manifestée, malgré les moments difficiles. Mais aujourd’hui, je baisse la garde. J’ai 35 ans et, dans la plénitude du rêve accompli, je me sens rassasié.

L'hospitalité sénégalaise

À M’bour, les pêcheurs rentrent au port sur leurs pirogues colorées et vendent aussitôt le poisson à la criée. Fatou m’héberge dans la capitale. J’installe un matelas sous une myriade d’étoiles et partage la cour avec un mouton blanc. Chéri et bien nourri, il échappera à la casserole. Son rôle reste pourtant ingrat : il protège la famille du mauvais sort. Inlassablement, il tourne en rond autour du piquet. Dis, mouton, dessine-moi un rond ! Il en fait deux, puis trois.

Je rejoins la famille, assise à même le sol autour du dîner. Avec les doigts, nous savourons le délicieux poisson tiéboudienne. Je lève mon verre de bissap, du jus d’hibiscus, à l’hospitalité sénégalaise, avant de découvrir Dakar by night. Au son de la musique omniprésente, les tresses virevoltent et les corps d’ébène se déhanchent.

Au compteur : 264 000 kilomètres

Un beau matin, le réveil sonne le retour à la case départ et, au bout de la route, viendront les premières questions : « Alors, c’était comment ? » J’ai déjà fait le deuil de tout partager. Il me restera à jamais le sentiment étrange d’avoir tutoyé la liberté et sa sœur jumelle, la fraternité. Avant d’enclencher la première, je jette un coup d’œil au compteur. Kilomètre 264 000. La roue a tourné. Huit ans pour relier Paris à Dakar, j’ai dû faire un détour.

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* Prix trouvé par un internaute le 30/11/2008 à 20h23

Dernière mise à jour : le 01/12/2008 à 20h23

Roues libres, huit ans autour du monde à moto

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A 27 ans, il quitte la France au guidon de sa moto. Il rentre fin 2007 après huit ans et 270 000 km au compteur ! Après 46 pays parcourus et cinq continents traversés, Fabrice nous restitue son périple dans un road movie surprenant...

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