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Rencontre avec René Cagnat
Transboréal

Biographie de René Cagnat

René Cagnat

De Madagascar à la Kirghizie...

Né à Madagascar en 1942, René Cagnat est nommé attaché militaire adjoint en URSS de 1970 à 1972. Il sera de nouveau attaché militaire en Bulgarie, en Roumanie, en Ouzbékistan et enfin en Kirghizie dans les années 1980. Colonel à la retraite depuis 1999 et retiré en Kirghizie, il se consacre à l’étude des questions centre-asiatiques.

Une connaissance intime de l'Asie centrale

René Cagnat a écrit de nombreux articles dans Le Figaro, Le Quotidien de Paris, Études, GEO, Défense nationale et sécurité collective, Défense de l’IHEDN, Le Courrier des pays de l’Est, Lettre International (Berlin), etc., et a été interviewé sur RFI, RTL, France-Inter, France-Culture, France-Info,... Il a conseillé Yann Arthus-Bertrand pour ses campagnes photographiques sur la mer d’Aral ( La Terre vue du ciel, 2000), en Kirghizie et au Tadjikistan, une équipe de Thalassa (Isabelle Moeglin, France 3, 1999), et Karel Prokop pour les quatre films de la « Thema » d’Arte sur l’Asie centrale en mars 2002. Il a aussi accompagné des journalistes, tels Sylvaine Pasquier de L’Express, Alain Renou et Sophie Malibeaux de RFI.

Interview de René Cagnat

Ce docteur es-sciences politiques de l’IEP de Paris, qui possède une maîtrise de russe, a été professeur de français et de civilisation française à l’université d’État de Kirghizie et à l’Université américaine de Bichkek de 1999 à 2002. Il se consacre désormais à l’accompagnement de ceux qui veulent découvrir l’Asie centrale en profondeur.

Comment est née votre passion pour l’Asie centrale ?

Cette passion est née au cours de mon tout premier voyage en Asie centrale, plus précisément en Ouzbékistan et au Turkménistan, en mai 1971. Je venais alors de Moscou où, jeune capitaine, j’étais attaché militaire adjoint. En raison du climat moscovite comme de la guerre froide, l’ambiance dans la capitale était morose, glaciale, hostile.

Rien de tel au Turkestan : il faisait beau et, ce printemps-là, tout était vert, même le désert… La population était souriante et accueillante malgré son dénuement, les femmes indiciblement belles. Partout régnait une couleur locale – dans l’habit, les bijoux, le mode de vie – que le soviétisme n’était pas parvenu à détruire. Au fil des oasis, je rencontrais les traces superbes d’empires disparus. Tout, beaucoup plus qu’en Russie, éveillait ma sensibilité, ma soif d’apprendre, mon inspiration. Ce fut un coup de foudre au résultat définitif et absolu : l’enchantement de toute ma vie.

Comment s'est développé votre attachement pour la Kirghizie ?

Ironie du destin : la seule république soviétique que je n’avais pu visiter, au cours de mon séjour en URSS, était la Kirghizie. Pendant vingt-trois ans, ce pays du bout du monde resta pour moi une énigme qui m’attirait. Nommé, à la fin de 1994, attaché militaire en Ouzbékistan, je n’eus de cesse d’aller visiter « le petit voisin », ce que je fis, dès l’été 1995, au volant de ma jeep. Et là, à nouveau, je connus l’éblouissement.

De yourte en yourte et même dans les rues de Bichkek, la capitale, je découvris une culture émouvante – le chant kirghize ! – des horizons toujours fascinants et, dans la population, un savoir-aimer, un savoir-souffrir, un savoir-compatir uniques au monde. Je me mis à aimer l’éternel sourire et la gaieté des Kirghizes, si malheureux soient-ils. Je découvris des recoins de montagne dont la splendeur et le mystère me charmaient. J’ai apprécié l’accueil rude et franc des bergers.

Chevauchant le petit cheval kirghize, je me suis enivré d’espace et de liberté. Enfin – pourquoi le taire ? –, il est en Kirghizie des visages, des regards, des âmes qui, pour moi, sur cette Terre, sont un reflet de Dieu. Bref, ce pays étant selon mon cœur, j’y suis resté.

De quels mythes ou idées reçues l’Asie centrale souffre-t-elle ? Quelles réalités reste-t-il à faire connaître ?

L’Asie centrale souffre d’une montée des nationalismes. Ce phénomène était inévitable puisque les nouveaux États, dotés de frontières fantaisistes et de minorités turbulentes, devaient, pour durer, se créer une légitimité, une organisation interne. Le bilan de cette « fabrique des États » fut déplorable. Alors que l’Europe perdait ses frontières, l’Asie centrale, elle, s’en est hérissée.

Les différents peuples, éduqués dans l’idée d’une histoire nationale, en grande part reconstruite et forcément grandiose, se sont livrés à « l’auto-admiration », méprisant, voire maltraitant les voisins et les minoritaires accusés de méfaits dans le passé et censés représenter une menace à l’avenir. Le résultat est une division intense des pays centre-asiatiques dont profitent, une fois de plus, les grands voisins (la Chine, la Russie, l’Iran) et bien d’autres, pour avancer leurs pions sur l’échiquier local. La réalité à faire connaître est celle des bienfaits d’une confédération à l’européenne, d’une économie solidaire pourchassant les trafics et la corruption, d’une société démocratique cultivant la légitimité du suffrage universel et le respect de l’individu, fût-il l’ennemi héréditaire.

Avec votre expérience, après tant de recherches, quels projets aimeriez-vous développer dans ces régions ?

La survie de l’Asie centrale passe aussi bien par la lutte contre la désertification, le contrôle des naissances que par le combat contre les trafics – notamment de drogue – et le dépassement des égoïsmes nationaux : autant dire que cette survie est avant tout un problème d’action éducative et politique.

Des programmes ont déjà été menés, ces dernières années, dans ces différents domaines mais, par méconnaissance des spécificités locales, les résultats ont été le plus souvent médiocres. En m’appuyant sur mon expérience du Turkestan, je souhaiterais donc susciter l’éclosion d’une équipe pluridisciplinaire et transnationale de responsables centre-asiatiques de bonne volonté déterminés à mener une action « confédérale » à partir d’un projet concret dans un secteur déterminant, celui par exemple d’un partage de l’eau et de l’énergie. Ce plan à la Jean Monnet est celui que j’échafaude actuellement et commence à mener grâce au soutien de la Fondation pour le progrès de l’homme, ONG franco-suisse.

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Dernière mise à jour : le 12/08/2008 à 13h29

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